Encore ce matin, le Journal Métro de Montréal faisait la manchette avec une histoire à la sauce "hypersexualisation". À la une, un enfant mignon et lunetté, qui s'y connaît surement davantage en fait d'Internet que papa/maman, se prend la tête en regardant l'écran d'un ordinateur portable; "Enfants perturbés par la porno". Un titre choc! ( http://www.journalmetro.com/ma%20vie/article/364756--la-porno-sur-le-web-bouleverse-les-enfants )
Cela fait partie de la promotion d'un livre intitulé Buffet à volonté sur le web de Isabelle Maher et Martin Bisaillon, publié aux éditions des Intouchables. L'article du métro nous apprend, entre autres, que les enfants, qui sont exposé(e)s pour la première fois à l'âge de 11 ans, en moyenne, à la pornographie sur internet, peuvent être choqués par des images "extrêmes" retrouvées sur Internet. Mise à part une statistique douteuse, les faits sont probablement vrais; il est raisonnable de croire qu'une petite fille de 11 ans soit troublée de voir ce qu'on peut faire entrer dans son sexe et qu'un petit garçon voit dans quoi on peut mettre son sexe.
Ce qui m'agace par contre, c'est quand on mélange, comme on le fait dans l'article, fellation à zoophilie en disant que ce sont là des pratiques extrêmes... Soit la fellation ne va pas de soi (comme la pénétration hétéronormée d'ailleurs), mais elle n'est pas extrême, dépravée, perverse, etc.
Bon, en gros, ce que je veux dire, et c'est, j'espère la direction dans laquelle les auteurs veulent aller, c'est que, le problème de l'hypersexualisation est mal posée en ce moment. On nous sors des statistiques pour nous montrer que les jeunes sont exposés de plus en plus jeunes à des pratiques sexuelles "déviantes"; on nous fait peur en racontant des histoires de "rainbow party" (ou des filles qui portent un rouge à lèvres d'une couleur différente seraient sensées faire une marque de lèvres sur le pénis d'un garçon afin de créer un arc-en-ciel) ou de gangbang.
Est-ce que ces choses sont déjà arrivées? Surement... souvent? ce serait étonnant... plus souvent qu'avant? je crois que c'est relatif. Si aujourd'hui on se choque d'une fellation, on se choquait naguère d'un "french kiss" ou d'une partie d'amour ouverte. Bon, ils étaient moins jeunes dans le temps... yavait quand même des limites... etc. etc. Mais il ne faut pas tombé dans la rhétorique de la pente glissante qui nous dit que la fellation mène au sexe anal et à la bestialité (!); il faut reconnaître que la sexualité des générations de plus jeunes a toujours été une source de tension pour les "adultes".
Je crois donc que c'est ce malaise qui agit comme des oeuillères pour penser le soit-disant phénomène de l'hypersexualisation. Il ne faut pas bannir la sexualité, il faut en parler à nos jeunes. Il ne faut pas dire que la fellation est mal, il faut l'expliquer à nos jeunes. Il ne faut pas ignorer les problèmes liés à la sexualité (abus, estime de soi, etc.), il faut en parler. Surtout, il faut avoir une approche positive; le sexe c'est bien, quand c'est bien fait, avec une bonne dose de connaissance et une confiance en soi.
Ça ne sert à rien d'interdire aux petits garçons de jouer avec leur bizounnes, ils vont toujours trouver un moyen de la mettre ou c'est confortable et en plus ils vont vouloir voir des images. Les petites filles aussi vont apprendre rapidemment qu'un oreiller ou que Winnie est bien gentil quand le serrent entre leur cuisse. Cette sexualité enfantine ne doit pas être brimée, elle doit être comprise et encadrée par les parents, mais aussi par les institutions scolaires.
Personnellement j'opte pour un programme obligatoire d'éducation sexuelle dans les écoles, car les parents ne sont malheureusement pas toujours bien équipés pour parler de sexualité de manière positive avec les enfants. C'est simple, eux et elles aussi ont un rapport fucké avec la sexualité. Donnons aux enfants les outils d'une sexualité dévellopée, libérée et épanouie!
Parce que l'hypersexualisation n'est hyper que parce qu'elle n'est pas comprise par les enfants qui ont des désirs tout à fait légitimes qui gagnent à être mieux canalisés.